Échos du congrès de l’Association for Korean Studies in Europe (AKSE) à l’Université d’Édimbourg, 19-22 juin 2025 (4)
Gulsen Kilci, doctorante, Université Paris Cité, UMR 8173 CCJ, Centre Corée
Le souffle mongol dans la Corée médiévale
À l’occasion de l’édition 2025 de l’AKSE, des voix académiques se sont réunies pour faire résonner un sujet longtemps resté en marge des débats des coréanologues : le Koryŏ dans l’Empire mongol. Cette année, quatre panels se sont intéressés, en tout ou en partie, à ce royaume médiéval, abordant des thématiques variées telles que le bouddhisme, l’histoire climatique ou encore la période militaire. Mais ce fut peut-être la première fois que les Mongols furent véritablement conviés à la table, non comme conquérants lointains, mais comme partenaires d’histoire.
Ainsi naquit un panel tissé autour du concept du Grand Échange mongol, ce souffle d’échanges multiples défendu par Marie Favereau (2023) et résonant dans les travaux d’Allsen (1997, 2019) ou de Biran (2015). Ce fut une invitation à penser le Koryŏ non comme périphérie, mais comme au centre d’un vaste réseau d’échange gengiskhanide. Car le Koryŏ, « Pays Gendre » des Yuan, ne fut pas un simple vassal oublié : il fut, à travers les siècles, un pont vivant entre peuples, langues et animaux.
Réunis autour de cette vision élargie, trois chercheurs, venus de l’Université Nationale de Chonnam, Harvard et de l’Université Paris-Cité, ont croisé leurs voix pour replacer le Koryŏ dans le monde mongol. Gulsen Kilci a dévoilé les entrelacs des alliances matrimoniales, des unions scellées à différentes échelles des sociétés coréano-mongoles. Seol Paehwan a ensuite exploré les circuits du don dans la tradition mongole, avec le concept de saugha, bien éloignée du cadre rigide du tribut. Enfin, Aaron Molnar a illustré cette dynamique d’échange en portant l’attention sur les animaux circulant entre les deux cours, messagers silencieux d’un dialogue diplomatique autant que symbolique.
Ce panel fut aussi une invitation à nous défaire de certaines œillères historiographiques. Il s’agissait de voir le Koryŏ non plus uniquement par le prisme d’un sinocentrisme historiographique solidement ancré, mais à travers les yeux mouvants d’un empire issu des steppes avec des pratiques politiques et culturelles bien établies.
En ouvrant ses portes à cette lecture transrégionale, l’AKSE 2025 a rappelé que l’Asie orientale médiévale ne se comprenait pleinement que dans le souffle du monde : la Corée, loin d’être un bastion isolé, fut pleinement ouverte aux vents d’ailleurs, aux peuples étrangers, aux langues des steppes, à un nouvel ordre impérial en Asie Orientale. Un écho troublant, tant cet exemple historique semble résonner avec les peurs actuelles de l’altérité, qui poussent aujourd’hui certaines politiques nord-américaines à se refermer, érigeant des barrières là où le savoir cherche à circuler, et contraignant, comme ce fut le cas dans ce panel, les échanges intellectuels à s’exprimer en format hybride.
Crédits Photos : Photos prises par Yannick Bruneton
De gauche à droite : Gulsen Kilci, Sixiang Wang, Paehwan Seol – Panel “Koryŏ, the Son-in-Law State of the Yuan 元의 駙馬國 고려”, 20/06/2025
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Garance Cachard (27 juin 2025). Échos du congrès de l’Association for Korean Studies in Europe (AKSE) à l’Université d’Édimbourg, 19-22 juin 2025 (4). Carnets du Centre Corée. Consulté le 14 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15nsa
