Ch’ŏn Myŏnggwan « dans un coin reculé du mundan » : un auteur légitime en Corée du Sud, 2003-2023 ?
Soutenance de Marion Delarche
Ch’ŏn Myŏnggwan « dans un coin reculé du mundan » : un auteur légitime en Corée du Sud, 2003-2023 ?
Préparée au sein du Centre Chine, Corée, Japon (UMR 8173) sous les directions d’Alain Delissen (EHESS) et de Jeong Eun Jin (Inalco).
Date et lieu : lundi 3 novembre 2025 à 14 h 00 à l’EHESS (salle A07_37), 7e étage, 54 Boulevard Raspail 75006 Paris.
Jury :
Alain DELISSEN, Directeur d’études, EHESS
JEONG Eun Jin, Professeure des Universités, Inalco
KIM Daeyeol, Professeur des Universités, Inalco
Gérald PELOUX, Professeur des Universités, Inalco
Tiphaine SAMOYAULT, Directrice d’études, EHESS
WANG Min Sook, Maîtresse de conférences, Université Jean Moulin Lyon 3
Résumé de la thèse :
Dès ses débuts en 2003, l’image d’outsider de l’écrivain Ch’ŏn Myŏnggwan lui vaut une reconnaissance paradoxale. Son premier roman, La Baleine (2004), incarne par son succès l’espoir d’un renouveau du genre romanesque, à la croisée d’injonctions contradictoires entre qualité littéraire et promesse de divertissement. Vingt ans plus tard, après avoir publié trois romans – dont un webroman –, ainsi que deux recueils de nouvelles, un scénario et une réalisation cinématographique, Ch’ŏn Myŏnggwan a disparu de la scène littéraire. Cette thèse interroge les processus de légitimation de l’auteur dans le champ littéraire en Corée du Sud, c’est-à-dire la façon dont se construit, se pérennise ou se perd le statut d’auteur.
Cette recherche met d’abord en perspective les débuts remarqués de Ch’ŏn Myŏnggwan avec la construction de son image d’outsider par les mêmes instances qui l’ont introduit. Le système d’intronisation des aspirants auteurs au sein du « cercle des lettres » (mundan) est un axe majeur de l’organisation du champ littéraire. Il ne constitue pourtant pas la seule condition de l’accès au statut d’auteur, puisque les écrivains doivent participer à un ensemble d’activités connexes, plus ou moins chargées de capital symbolique, pour pérenniser leur statut. Parmi les instances de consécration, la critique universitaire occupe une position dominante. L’analyse d’un corpus d’articles consacrés à Ch’ŏn Myŏnggwan montre comment, au début des années 2000, la critique savante s’est réapproprié les discussions sur la littérature de genre et la littérature populaire. L’œuvre de Ch’ŏn Myŏnggwan, à la fois dans sa métatextualité et dans sa conformité aux codes génériques, est traversée par ces questions de marge et de communauté. Cependant, au fur et à mesure que l’auteur adopte les codes de la littérature populaire, il disparaît du discours critique, révélant ainsi les limites de la renégociation des modes de légitimité annoncée dans les années 2000.
En dehors du champ littéraire, le discours de la presse et celui des lecteurs répondent à des modes de légitimation en partie distincts de ceux émis par la « scène littéraire ». La presse se fait l’écho du capital économique associé aux succès littéraires et les lecteurs-médiateurs revendiquent une indépendance vis-à-vis des instances de consécration du champ littéraire. À travers un corpus de blog, les lecteurs-médiateurs disent, au-delà des hiérarchies propres au champ littéraire, leur loyauté à l’auteur et leur plaisir de lire.
À la fois figure de la légitimation et de la délégitimation, Ch’ŏn Myŏnggwan permet de mettre en lumière les tensions et les limites du projet de renouvellement littéraire des années 2000.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Garance Cachard (20 octobre 2025). Ch’ŏn Myŏnggwan « dans un coin reculé du mundan » : un auteur légitime en Corée du Sud, 2003-2023 ? Carnets du Centre Corée. Consulté le 14 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15nsd
