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Projet Autophotoscopie

Autophotoscopie

Depuis plus de dix ans, Autophotoscopie interroge la place des images photographiques dans les pratiques de recherche en sciences sociales sur la Chine, la Corée et le Japon. Né en 2015 au sein du groupe « Chine, Corée, Japon » (CCJ), à l’occasion des célébrations du 70e anniversaire de la VIe section de l’EPHE et des initiatives de l’EHESS consacrées aux sciences sociales du XXIe siècle, le projet s’est progressivement transformé en un espace de réflexion collective sur les usages scientifiques de la photographie.

À l’origine, l’ambition était de réunir, documenter et mettre en partage les photographies réalisées par les chercheurs au cours de leurs enquêtes de terrain, certaines remontant à la création, en 1958, du premier centre de recherche sur la Chine à l’EPHE. Il ne s’agissait pas seulement de constituer un fonds documentaire ou patrimonial, mais d’interroger la manière dont ces images racontent à la fois les transformations des sociétés d’Asie orientale et l’histoire des regards que les chercheurs ont portés sur leurs terrains.

Au fil des années, cette démarche s’est enrichie. Les photographies sont apparues non seulement comme des archives de la recherche, mais aussi comme des objets de réflexion à part entière. Elles témoignent des pratiques d’enquête, des conditions de production des savoirs, des évolutions des terrains, mais aussi des relations entre chercheurs, personnes enquêtées et institutions. Elles permettent de revisiter des matériaux anciens, d’en produire de nouvelles lectures et d’ouvrir un dialogue entre générations de chercheurs.

Cette diversité constitue l’une des richesses du projet. Ethnologues, historiens, géographes, sociologues, économistes, politistes, spécialistes des littératures et des arts n’ont ni les mêmes pratiques photographiques ni les mêmes usages des images. Pourtant, cette pluralité disciplinaire nourrit une réflexion commune sur les fonctions de la photographie en sciences sociales : document, mémoire, preuve, support d’analyse, outil de médiation ou encore déclencheur de récits.

Nous ne sommes ni photographes de métier, ni photologues. Nos photographies n’ont pas été produites pour elles-mêmes, mais dans le cours des recherches, souvent comme des traces de terrain ou des aides à l’observation. C’est précisément cette production « ordinaire » des chercheurs qui constitue aujourd’hui un patrimoine scientifique précieux et qui invite à réfléchir aux multiples vies des images, depuis leur prise de vue jusqu’à leur réinterprétation.

AUTOSCOPIE, PHOTOSCOPIE : AUTOPHOTOSCOPIE

Un mot valise, convoquant plusieurs registres du visuel (perception, psychologie, science, pédagogie, appareillage, projections, circulation…) rend bien compte de ce projet et lui procure son titre.

Autoscopie : « 1) Hallucination par laquelle on croit se voir soi-même » ; 2) « Technique pédagogique consistant à filmer un sujet qui peut ainsi observer son comportement de l’extérieur ».[1]

Photoscopie : « […] consiste dans la reproduction microphotographique de tous documents. […] Ces documents sont ensuite agrandis par projection lumineuse à l’aide d’un petit appareil, ou Photoscope, permettant la lecture individuelle horizontalement sur une simple feuille de papier ou la lecture collective sur écran vertical ».[2]

Tous les membres de nos centres possèdent des centaines voire des milliers de photographies prises lors de leurs voyages ou de leurs séjours en Chine, en Corée et au Japon. Photographies de loisir pour certains ou documents nécessaires à une étude de terrain pour d’autres, elles sont toutes le résultat d’un regard individuel à un premier moment donné (celui du cliché). Elles disent à la fois le lieu et le temps, mais aussi la personne qui prend la photographie, avec son engagement sensible, son parcours intellectuel et finalement son identité disciplinaire.

Elles sont aussi le résultat d’un choix au moment de leur conservation (de leur premier archivage). Elles rejoignent alors des boites de diapositives, des pochettes de photos ou des dossiers dans les ordinateurs. Si elles ne sont pas directement bien étiquetées et rangées pour illustrer une publication, une communication, une exposition… elles prennent la poussière, palissent et deviennent invisibles : oubliées voire illisibles (dans le cas des images numériques, lorsque les disques durs et les formats disparaissent).

Notre projet se propose de donner une deuxième vie à ces documents en suscitant d’abord la réflexion, biographique ou épistémologique, des auteurs de ces clichés.

Direction du projet et personnes ressources

  • Comité de pilotage du projet : Alain Delissen (Directeur d’études, EHESS, CRC)
  • Equipe opérationnelle : Garance Cachard (Ingénieure d’étude, CNRS, EHESS, CRC)

Lien des collections

Rédaction : Alain Delissen, Garance Cachard

Edition : Garance Cachard